Dépression et autres tracas

“Il y a bien des maux
Que ton âme cherche à expier.
Ceux confiés à demi-mot,
Ne t’ont offert qu’une seconde de liberté.

Ta peine est devenue si forte,
Que d’aurore en aurore, tu parcours mille lieux
Pour faire taire ce vague à l’âme qui t’emporte,
Hélas, si loin que tu es prêt à faire tes adieux.

Pourtant, j’ignore tout du mal qui t’habite,
De ce qui se joue en toi depuis si longtemps.
Dis moi enfin ce qui t’agite,
Et, repose toi un instant.”

Encore très tabou au coeur de notre société, la dépression touche énormément de personnes tout autant qu’elle les isole et les fragilise. Cet état est malheureusement peu compris tant il complexifie aussi bien la relation à l’autre et celle que l’on a avec soi- même. Nombreuses sont les idées reçues, celles que l’on entend régulièrement et qui n’ont pour seul résultat que de renforcer ce sentiment d’être faible et incapable de s’en sortir. Je ne saurai compter les fois où l’on m’a dit “ca passera tout seul”, “fais plus d’efforts, ca ira beaucoup mieux”, “ne te contente pas de ce que tu as, bouge toi”. Laissez moi enfin vous dire, poliment, que ce n’est pas si simple que cela. C’est un combat de tous les jours, et seules les personnes l’ayant vécu pourront vous dire que les choses ne se règlent pas en un claquement de doigts. Le titre de la série ironise d’ailleurs sur cette façon que l’on a de traiter avec légèreté ce qui est une maladie invisible aux yeux de beaucoup de monde.

Les mots me manquent pour être assez précise sur ce que je vis depuis ces dernières années. C’est par la photographie que j’espère, enfin, mettre en lumière un mal qui va jusqu’à détruire chaque parcelle de ce que vous êtes.

Je ne prétends pas à travers cette série définir ce qu’est la dépression. Il ne s’agit que de ma vision, et je dois par avance dire qu’elle est très partielle. Je n’ai (encore) pas réussi à mettre en image des sentiments très profonds. Les mots que j’écris ici, ainsi que les images publiées, ont été maintes fois modifiés et restent à l’issue de cette publication insuffisants quant à ce que je souhaitais et souhaite encore exprimer. Cette série reste également difficile à partager. Même si l’envie d’enfin extérioriser ce que je ressens à travers mes propres moyens anime mon geste, celle-ci a été autant cathartique que pénible à réaliser.